Louise Nicolle

ou le souci de combattre les impossibles

Saint Amand les Eaux 
  
Louise Nicolle ou le souci de combattre les impossibles 
  
La propriété du 31, rue du 18 juin 1940 change de destination. Décryptage. 
 
Le 10 décembre dernier, en présence des descendants de Louise Nicolle (1847-1889)*, il a été acté que la bâtisse qui fut, au XIXème siècle, une sorte d’école pour les jeunes filles (11-20 ans) devenait propriété de l’APEI du Valenciennois, la chapelle attenante faisant l’objet d’une célébration de désacralisation (désaffectation) par Mgr Dollmann, avec réacheminement du mobilier et des objets sacrés vers le service du patrimoine culturel de l'archevêché. « Louise reste celle qui nous rassemble, elle nous invite à mettre l’humain au centre, son message est universel » a assuré le père archevêque de Cambrai. Simultanément, le cercueil de celle qui a laissé une trace indélébile au service des plus démunis, et dont le procès de béatification a été ouvert en 1932, regagnait le caveau familial du cimetière communal central d'où l'on vient depuis la rue ... Louise Nicolle. Une exhumation inhumation réussie.  Arrières petits-neveux de celle qui était issue d'une famille aisée et chrétienne, Bernard et Hubert Maquet, venus de Maubeuge et Versailles (Yvelines) se disent heureux de voir aboutir un chantier ouvert par Xavier, leur frère décédé en 2017 : « Si nous n’étions pas présents pour signer la vente -la propriété était gérée par l’association des Enfants de Louise Nicolle, dissoute par le départ de Thierry et Myriam Aubert, le couple fondateur- et le transfert du corps de Louise, la maison serait tombée en ruine et il aurait fallu attendre 30 ans pour que la Ville la fasse démolir … tante Louise était une femme d’une grande autorité, un précurseur avec des idées très en avance sur ton temps, très pieuse mais dont la mauvaise santé lui interdit la vie religieuse, pour le plus grand bien de la classe ouvrière de Saint Amand ». Venue de Mons en Baroeul, Henriette Paquay a tenu à être présente au nom de l'association Les Amis de Louise Nicolle, aujourd'hui dissoute, et de sa fondatrice, Madeleine Philippe (1917-2016) : "On lui doit l'institut séculier saint Dominique (1994) qui poursuit les intuitions spirituelles de Louise en privilégiant la proximité avec les gens ordinaires". Pour l'heure, Henriette se félicite d'avoir reçu l'accord des Pompes funèbres pour que la dalle funéraire de la chapelle soit prochainement installée au cimetière : "Le nom de Louise redeviendra lisible de tous, c'est important".  
  
Au panthéon des héroïnes amandinoises 
  
Alain Bocquet, maire, a salué l’événement presque historique : « Grâce à votre action, nous continuons d’évoquer son combat et ses actions pour la promotion des femmes mais aussi de tous les démunis. Bientôt, après travaux de la maison natale de Louise de Bettignies (résistante de la première guerre mondiale, ndlr), Louise rejoindra le Centre de ressources sur l’émancipation des femmes dans le monde et dans l’histoire. Elle y a toute sa place ». Curé modérateur des trois paroisses de l’Amandinois, Jean-Marc Bocquet s'est livré à un de ces cours d’histoire dont il a le secret : "Saint Amand comptait de nombreux ateliers, où les conditions de travail étaient particulièrement pénibles : tissage et bonneterie, chaîneries, faïenceries, autant d'entreprises exigeant une main d’œuvre nombreuse et docile, vulnérable, essentiellement féminine. Louise instruisit les filles de toutes les manières de bien tenir un foyer : couture, cuisine, broderie, hygiène, santé, jardinage, gestion d’un budget. Elle les organisa en groupes de spiritualité (Rosaire, Garde d’honneur au Sacré-Coeur de Jésus) et d’action sociale : le Crochet, l’Abeille, les mères chrétiennes ... Pie IX lui-même les encouragea. Créant le patronage en 1867, elle se dépensa corps et biens à cette œuvre, encouragée par le clergé local. Elle mit en valeur une pratique inspirée de l’Evangile, que lui suggéraient ses foi chrétienne et fréquentation assidue de l’eucharistie. Avec ses collaboratrices, elle créa la congrégation des Humbles Filles du Sacré-Cœur. Sa vie souligne que la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais l’engagement inlassable de reconnaître, garantir et reconstruire concrètement la dignité oubliée de nos soeurs et frères, pour qu’ils puissent se sentir les principaux protagonistes du destin de leur nation ». 
  
Ph. C 
 Photos : Caroline Biancourt
 
*à lire « Louise Nicolle, pionnière d’oeuvres sociales » de Françoise Lemaire (Editions du Moulin, 2012, 352 p. 19€)

Article publié par Cathocambrai • Publié le Samedi 23 janvier 2021 • 682 visites

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